Utiliser la rhétorique pour convaincre ses collègues en réunion

Utiliser la rhétorique pour convaincre ses collègues en réunion

Fin novembre, dans mon bureau à Lille. Le ciel est d'un gris qui ne donne aucune chance à l'optimisme, et l'atmosphère dans la salle de réunion « Flandres » est tout aussi lourde. On discute d'une stratégie de transbordement qui va nous coûter un bras en surestaries, et je sais que c'est une erreur. J'ai les chiffres, j'ai les rapports, mais je reste planté là, à fixer le compte-rendu. Je regarde mes collègues valider une stratégie absurde simplement parce que je n'ai pas su articuler mon opposition.

Avant d'aller plus loin, un petit mot sur ma méthode : si vous passez par un lien de Voix Posée pour vous procurer une formation, le site perçoit une commission, sans le moindre surcoût pour vous. Je ne cite que des programmes que j'ai moi-même suivis ou décortiqués de près ; ce qui ne tient pas la promesse n'apparaît pas ici. C'est ma règle d'or de coordinateur logistique : si la cargaison est foireuse, elle ne quitte pas l'entrepôt.

Le bourdonnement du vieux ventilateur de la salle de réunion semble s'arrêter quand tout le monde attend ma réponse. C'est ce silence-là, celui qui dure en moyenne moins de cinq secondes avant de devenir insupportable, qui m'a toujours tué. À ce moment-là, je n'avais rien d'autre à offrir qu'un bafouillage technique sur les dimensions standard d'un conteneur maritime de 20 pieds. Tout le monde s'en fichait. J'ai compris ce jour-là que dans mon métier, les chiffres ne parlent pas d'eux-mêmes ; il faut une structure pour les porter. C'est là que j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à la rhétorique.

Sortir de la technique pure : le choc des trois piliers

Gros plan sur des mains tenant un stylo au-dessus d'un schéma technique en réunion.

On nous apprend à être précis, à être carrés, mais on ne nous apprend jamais à être convaincants. Pendant des années, je pensais que la rhétorique était un truc de politiciens véreux ou d'avocats de cinéma. En réalité, c'est une boîte à outils technique, presque aussi rigoureuse qu'un plan de chargement. Le premier truc que j'ai appris, c'est qu'on ne convainc pas avec des faits (le Logos), mais avec un mélange équilibré de trois éléments. Aristote — qui n'était probablement pas logisticien mais qui aurait fait un malheur en réunion de crise — appelait ça les 3 piliers de la persuasion.

Il y a l'Éthos (votre crédibilité), le Pathos (l'émotion, ou comment vous connectez avec l'autre) et le Logos (la logique). Mon erreur ? Je balançais 100 % de Logos. Je pensais que dire « le taux de rotation est faible » suffisait. Sauf qu'en réunion, si vos collègues ne vous font pas confiance (Éthos) ou s'ils ne ressentent pas l'urgence du problème (Pathos), votre logique finit à la corbeille.

J'ai commencé à tester des techniques issues de La Guerre des Mots : L'Art de l'Eloquence. C'est une formation qui va droit au but sur les tournures de phrases. J'y ai appris à transformer mes arguments logistiques en métaphores concrètes. Au lieu de parler de « flux tendus », j'ai commencé à parler de « l'artère principale de notre entrepôt qui risque l'infarctus ». Tout de suite, les gens ont arrêté de regarder leur téléphone.

L'angle mort de la conviction : pourquoi affirmer est une erreur

C'est ici que mon approche a bifurqué. La plupart des manuels vous disent de « porter votre voix » et d'être « affirmatif ». Je pense que c'est une bêtise, surtout entre collègues qui se connaissent depuis cinq ans. Si j'arrive en disant « Vous avez tort, voici pourquoi », je crée une barrière immédiate. La vraie puissance de la rhétorique en réunion, c'est d'utiliser des questions déstabilisantes plutôt que des affirmations péremptoires.

C'est ce qu'on appelle parfois la méthode socratique, mais version « bureau paysager ». Au lieu de dire « Ce planning est irréaliste », je demande : « Si nous suivons ce planning et qu'un navire a deux jours de retard à Anvers, quelle est notre solution de repli pour le client ? ». Vous ne donnez pas un argument, vous forcez l'autre à se confronter au vide de sa propre stratégie. C'est bien plus efficace que d'essayer de gagner un concours de cris.

Pour ceux qui partent de vraiment loin, comme moi qui restais muet comme une carpe, je recommanderais d'abord de jeter un œil à Comment parler en public avec aisance. C'est plus progressif si le simple fait de lever la main vous donne des sueurs froides. Une fois que vous n'avez plus peur de votre propre voix, vous pouvez passer aux choses sérieuses avec la rhétorique pure.

Vue de dos d'une personne face à un tableau blanc divisé en trois colonnes.

Le point de bascule : mi-mars et l'usage de l'anaphore

Le véritable test est arrivé mi-mars, lors d'un jeudi après-midi pluvieux. Réunion de crise. Un retard de livraison majeur sur un contrat important. Mon responsable était en train de chercher un coupable plutôt qu'une solution. D'habitude, j'aurais baissé la tête en attendant que l'orage passe. Mais là, j'ai utilisé une anaphore — une répétition en début de phrase pour marteler un point — couplée à une réfutation structurée.

J'ai pris la parole en sentant cette sensation de chaleur intense qui monte dans la nuque juste avant de lancer ma première figure de style devant le directeur. J'ai dit : « Nous pourrions blâmer le transporteur. Nous pourrions blâmer la météo. Nous pourrions blâmer le manque de personnel. Ou nous pourrions, dès maintenant, réorienter le flux vers la route B pour sauver le contrat. »

Le silence qui a suivi n'était pas celui de l'indifférence, mais celui de la réflexion. En structurant mon propos par trois (la fameuse règle de trois qui améliore la mémorisation), j'ai imposé une direction. Mon débit de parole était d'environ 150 mots par minute, la vitesse idéale pour être compris sans paraître pressé. J'ai arrêté de courir après la fin de ma phrase.

Pour apprendre à tenir ce genre de structure sous pression, j'avais aussi consulté des ressources sur comment structurer une présentation impactante. Ça aide à ne pas s'éparpiller quand le stress monte.

La rhétorique comme compétence technique

Un vieux ventilateur de bureau et une pile de rapports logistiques dans une salle de réunion.

Quelques jours avant les vacances d'été, je me suis rendu compte du chemin parcouru. Je ne suis pas devenu un grand orateur de tribune, et je ne le veux pas. Je suis juste un coordinateur logistique qui sait comment poser une question qui fait mouche et comment structurer une réponse en trois points. La rhétorique n'est pas un art de manipulation, c'est une compétence technique, au même titre que la maîtrise d'un logiciel de gestion de stocks.

Si vous avez une réunion importante dans les prochaines semaines, ne cherchez pas à être « inspirant ». Cherchez à être structuré. Si vous sentez que vos arguments tombent à plat, c'est souvent un problème de forme, pas de fond.

Si vous voulez creuser la partie « combat de mots » et répartie, je vous conseille vraiment de jeter un œil à La Guerre des Mots. C'est moins académique que ça en a l'air et très utile pour ceux qui, comme moi, ont horreur du vide en réunion. Et si vous avez encore du mal avec l'imprévu, allez lire mon retour sur l'improvisation à l'oral.

La prochaine fois que le ventilateur de la salle de réunion s'arrêtera de tourner, vous aurez peut-être, vous aussi, la bonne tournure de phrase prête à l'emploi. Ce n'est pas de la magie, c'est juste de la logistique appliquée au langage.

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